COP22 – Agir pour l’agriculture
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AGRICULTURE CLIMATO-INTELLIGENTE

COP22 – Agir pour l’agriculture

L’avenir de l’agriculture est une grande priorité à l’ordre du jour des négociations des conférences des Parties des Nations unies (COP22) et trois événements organisés en marge de celles-ci se sont donc penchés sur les difficultés majeures que rencontrent les petits agriculteurs confrontés au changement climatique. Les sessions organisées en marge des négociations sur les changements climatiques à Marrakech, au Maroc, ont vu le lancement d’une nouvelle initiative ambitieuse visant à soutenir les agriculteurs d’Afrique face au changement climatique. Ces sessions ont également insisté sur la nécessité d’associer les jeunes au développement et à la mise en œuvre de solutions climato-intelligentes pour l’agriculture et de concevoir des approches efficaces de mobilisation de fonds pour les financer.

Après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, le 4 novembre 2016, les délibérations de la COP22 ont surtout concerné la mise en œuvre de l’accord. Plus de 90 % des pays africains ont inclus l’agriculture dans leur Contribution Prévue Déterminée au niveau National (CPDN) en vue de réaliser les objectifs d’adaptation et d’atténuation. La visibilité de ce secteur dans les négociations sur le changement climatique s’en est trouvée considérablement améliorée.

« Des interventions dans le secteur de l’agriculture sont essentielles pour réaliser les objectifs internationaux, que ce soit en termes d’adaptation au changement climatique ou d’atténuation de ses effets », explique Michael Hailu, directeur du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). « L’agriculture subit de plein fouet l’impact du changement climatique, mais elle peut aussi apporter une réelle contribution à la réalisation des objectifs d’atténuation. Plusieurs solutions efficaces d’agriculture climato-intelligente ont d’ores et déjà été identifiées. L’heure est à présent à la prise de mesures concrètes sur le terrain et à l’ajustement des politiques nationales et régionales qui pourront faciliter leur mise en œuvre. »

En coopération avec une série de partenaires, le CTA a soutenu trois événements parallèles axés sur l’agriculture et le changement climatique.

Premier d’entre eux, l’atelier De la science à l’action a été l’occasion de découvrir l’Initiative AAA — Adaptation de l’Agriculture Africaine — qui vise à transformer l’agriculture africaine en mobilisant 30 milliards d’US $ pour soutenir les politiques innovantes, les mécanismes financiers et le développement des capacités. Conçue par le gouvernement marocain, l’Initiative AAA s’articule autour des trois piliers de l’adaptation : une meilleure gestion des sols, de l’eau et du risque climatique. Le lancement de la « triple A » a offert aux gouvernements nationaux, aux organisations d’agriculteurs et à la société civile une plateforme pour l’échange de bonnes pratiques et l’étude de méthodes efficaces en matière d’adaptation ou d’atténuation qui mériteraient d’être plus fréquemment mises en œuvres.

« Une série d’innovations devraient être déployées à plus grande échelle pour contrer les menaces du changement climatique, » explique Bruce Campbell. Bruce Campbell dirige le programme sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS) du GCRAI, coorganisateur de l’événement avec le ministère marocain de l’agriculture et de la pêche et l’Institut national marocain de recherche agricole (INRA) avec le soutien du CTA et d’autres partenaires. « En Afrique de l’Ouest, AfricaRice coopère ainsi avec des riziculteurs, pour les aider à adapter efficacement au contexte ouest-africain les techniques de gestion des ressources en eau qui se sont révélées efficaces dans les rizières d’Asie. Les rendements des riziculteurs sont ainsi passés de 1,5-2 tonnes/hectare à 3,5-4,5 tonnes/hectare. »

Bien que six des dix pays les plus affectés par le changement climatique se trouvent en Afrique, le continent ne bénéficie que d’environ 5 % du financement affecté à l’adaptation et à la lutte contre ce phénomène. Et seule une toute partie du financement agricole soutient l’agriculture intelligente face au climat (AIC). Une seconde session, dédiée aux possibilités d’investissement pour le déploiement à plus grande échelle de l’AIC, a donc examiné des approches innovantes de mobilisation des investissements.

L’événement, organisé par l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat (Global Alliance for Climate Smart Agriculture, GACSA), en coopération avec le ministère italien de l’environnement et le CTA, a réuni des experts issus de nombreux secteurs — organisations internationales, institutions financières, gouvernements et chercheurs. Les participants ont examiné les possibilités d’investissement futures en faveur de l’AIC, en s’appuyant sur les enseignements tirés d’études de cas ayant mis en avant des systèmes de financement innovants aux résultats prometteurs.

Cependant, pour que les pays parviennent à réaliser les Objectifs de développement durable (ODD), les jeunes doivent être associés au développement et à la mise en œuvre de solutions climato-intelligentes et à la lutte contre le changement climatique, a-t-on pu entendre lors d’une autre réunion. L’AIC est une approche particulièrement adaptée aux jeunes, une voie vers une augmentation de la productivité, le renforcement de la résilience et la réduction durable des émissions de gaz à effet de serre.

« La jeunesse africaine a déjà montré qu’elle était en mesure de promouvoir et de mettre en œuvre des innovations pour combattre le changement climatique, » explique Oluyede Ajayi, coordinateur senior des programmes au CTA, qui a co-organisé une session sur l’implication des jeunes dans l’AIC en Afrique, avec le CCAFS, le Réseau des jeunes pour l’agriculture intelligente face au climat (Climate Smart Agriculture Youth Network, CSAYN) et d’autres partenaires. « Cette session avait pour objectif de mettre en avant les difficultés et les opportunités pour les jeunes en termes de participation à l’AIC sur le continent. L’idée est de les aider ainsi à devenir des agents du changement pour l’agriculture climato-intelligente. »