Le financement, clé du développement agricole
©IFAD/Christine Nesbitt

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Le financement, clé du développement agricole

12 Le financement est le véritable moteur du développement de l’agriculture en Afrique de l’Ouest, une région qui doit nourrir des habitants toujours plus nombreux et maîtriser l’augmentation des factures des importations de produits alimentaires. La Conférence internationale sur l’amélioration du financement agricole, un événement de deux jours qui s’est tenu à Abuja, au Nigeria, a donc examiné des stratégies efficaces pour le développement d’instruments financiers et de politiques visant à stimuler la production agricole et les chaînes de valeur.

Une population de plus en plus nombreuse, associée à un exode rural à grande échelle, augmente fortement la demande en produits alimentaires en Afrique de l’Ouest, la région d’Afrique qui connaît le taux d’urbanisation le plus rapide. Les dépenses alimentaires devraient donc tripler dans la région d’ici à 2022. Étant donné qu’une famille d’Afrique de l’Ouest consacre en moyenne 60 % de ses revenus à l’achat de denrées alimentaires, cette évolution crée de précieuses opportunités pour les agriculteurs. Toutefois, l’accès limité au financement reste un obstacle majeur pour le développement agricole, malgré la disponibilité de terres arables susceptibles d’être affectées à la production alimentaire.

La Conférence internationale sur l’amélioration du financement agricole, organisée autour du thème « Catalyser la diversification de l’économie nigériane grâce au financement agricole », a examiné des pistes pour le développement du secteur agricole au Nigeria, la nation la plus peuplée d’Afrique de l’Ouest. Pour nourrir sa population de près de 186 millions d’habitants, ce pays doit en effet diversifier son économie, en abandonnant le « tout pétrole » au profit de la production alimentaire. Mais l’événement a aussi identifié des enseignements utiles pour d’autres pays de la région qui doivent eux aussi pouvoir compter sur un financement rural et agricole adapté pour stimuler et améliorer l’efficacité de la production, de la transformation et de la commercialisation de leurs produits alimentaires.

Les importations alimentaires en Afrique, qui sont dominées par les achats de riz en provenance de l’étranger, ont atteint des niveaux alarmants, avec une facture totale de 22,4 milliards US$ (21 milliards €) pour l’Afrique subsaharienne en 2014. La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le Nigeria en tête, est de loin le plus grand importateur de produits alimentaires du continent. Ce pays immense dont l’économie repose sur l’exploitation de ses réserves pétrolières au détriment d’autres secteurs productifs, doit de toute urgence développer son secteur agricole, afin d’assurer une croissance économique durable et nourrir ses habitants toujours plus nombreux.

« L’Afrique de l’Ouest dépend majoritairement de ses importations alimentaires, alors que tout indique que cette région est parfaitement capable de produire elle-même une grande partie de ses aliments, » explique Lamon Rutten, responsable des politiques, des marchés et du programme TIC du CTA. «Cette diversification vers la production alimentaire induirait une hausse des revenus des agriculteurs et pourrait contribuer à endiguer l’exode rural, surtout si l’on peut persuader les jeunes que l’agriculture peut leur offrir des perspectives d’avenir. Mais pour cela, il est essentiel de mettre en place des mécanismes de financement rural et agricole appropriés. »

La conférence a réuni 200 participants issus des secteurs public, privé et du développement et d’organisations d’agriculteurs. Ceux-ci se sont attelés à examiner une série de modèles de financement rural et agricole positifs. Ils ont aussi examiné comment harmoniser au mieux les initiatives de financement agricole les plus prometteuses pour s’assurer que les investissements soient bien canalisés là où ils peuvent être les plus efficaces.

Plusieurs thèmes étaient à l’ordre du jour de la conférence : le développement d’un secteur financier inclusif ; le rôle du gouvernement et des banques centrales dans l’amélioration du financement rural et agricole ; les produits financiers innovants pour les petits exploitants et les petites et moyennes entreprises ; ainsi que les méthodes innovantes de financement des chaînes de valeur agricole. Des thèmes transversaux ont aussi été explorés durant les sessions, notamment l’accès des jeunes et des femmes au financement et les défis liés au changement climatique.

« Les secteurs non-pétroliers, comme l’agriculture, présentent un réel potentiel face aux défis sociaux et économiques, non seulement au Nigeria mais sur tout le continent », indique Saleh Usman Gashua, secrétaire général de l’Association africaine du crédit rural et agricole (AFRACA). « Le financement rural et agricole reste donc un moteur essentiel permettant d’exploiter pleinement le potentiel de l’agriculture. Ce secteur n’a en effet pas encore réalisé toutes ses potentialités sur le continent. »


La Conférence internationale sur l’amélioration du financement agricole était organisée par l’AFRACA et la Banque centrale du Nigeria, avec le soutien du CTA et du Fonds international de développement agricole (FIDA).